Aurélie Brihmat : pas assez d'une vie pour faire tous les projets que je veux mener à bien !

separator

Rencontre avec Aurélie de l’association Handidream en octobre 2021.

Extraits retranscrits de l’interview audio complète ci-dessous.

Bonjour Aurélie, que réponds-tu à la question : « Que fais-tu dans la vie ? »

Pfiouuu, on n’aura jamais assez de temps ! (rires) Je bouffe la vie, je profite de chaque instant, parce que j’ai eu un accident et depuis cet accident j’ai compris le prix de la vie. Maintenant j’ai des projets chaque semaine, chaque jour, tous les matins quand je me lève. Je n’aurai pas assez d’une vie pour faire tous les projets que je veux mener à bien !

Tu peux nous parler des actions de médiations animales que tu mènes avec Handidream ?

Après mon accident, je me suis rendu compte que les animaux m’ont beaucoup apportée dans la phase de réhabilitation, tout simplement parce qu’ils sont non-jugeant. Quand on se retrouve en situation de handicap rapidement, on a envie de passer inaperçu. Les animaux, c’est régulier, ils sont toujours pareils, que j’arrive en rampant, en fauteuil roulant, avec mes cannes, en déambulateur. Et ça, ça fait un bien fou dans la phase de réhabilitation. Me rendant compte de ça, je me suis dit qu’on allait aller dans les structures de soin pour apporter du soleil, de l’espoir et de l’apaisement. Auprès de tous les publics en difficulté qui ont besoin de nous et de réconfort.

A côté de moi, il y a Spy, un chien qui a une présence extraordinaire, ça se sent…

C’est quasiment autour de Spy que s’est faite l’association. [Handidream].

C’est en le voyant faire, en le voyant fonctionner, que je me suis dit que tellement de gens pourraient avoir la chance d’avoir droit à ce que je reçois au quotidien. Il donne, il donne, il donne ! Par contre, il ne faut pas oublier qu’il doit rester chien, il faut l’emmener se balader, l’amuser. Il aurait tendance sinon à prendre toute la misère du monde. Ca le fatigue beaucoup. Plus que l’effort physique. Spy ne connaît pas le code des chiens, il a toujours été seul, il connaît le code des humains : à peine tu vas froncer le sourcil, qu’il va réagir. Spy ne saura que grogner avec les autres chiens. C’est pour ça qu’on lui a appris à monter à cheval. Au lieu de se faire croquer par d’autres chiens, il va sauter sur mon cheval pour se mettre en sécurité.

Alors raconte-nous comment s’est passé ce tour de France ?

C’est une aventure incroyable qui a duré 5 mois, faire le tour de France à cheval. Tous les lundis, on allait dans un centre de soin pour échanger avec des personnes sur le handicap, redonner de l’espoir, sur les aides, les appareillages, etc. Un projet préparé 5 ans avant. La nourriture, les produits de soin, les conditions d’hébergement, le transport, etc.

En fait, les animaux dégrossissent la relation et on a une journée pour convaincre le patient ! Je vais essayer de trouver un projet, même modeste, accessible au patient. Se tenir debout pour faire la photo avec son petit-fils par exemple. Retrouver quelque chose qui le tire vers le haut, qui donne l’envie au patient de reprendre un projet (reprendre le sport, reconduire sa voiture, promener à nouveau son chien). Plus de 10000 personnes ont été sensibilisées. Le mardi, les enfants ont été rencontrés, dans les établissements scolaires, en lien avec les rectorats de l’Education Nationale. C’est important pour travailler le changement de regard. Sortir du centre de soin, c’est un moment charnière, avec beaucoup de fragilité, on affronte le regard des autres. Avec l’association, on accompagne ce moment.

Tu as relayé beaucoup de belles photos, rayonnantes de féminité, pleines d’humour, tu peux nous en parler ?

On peut rire de tout, on peut dédramtiser les choses et on peut être encore une fille, même avec une jambe en moins, on peut être féminine. J’ai rencontré beaucoup de filles qui s’habillaient tout le temps large, en baggy, plus besoin de se maquiller, de se coiffer, parce que j’ai une jambe en moins, alors un peu plus un peu moins. NON. On peut être en fauteuil roulant et être en robe de cocktail.

La prothèse, c’est ce qu’on voit en dernier. Au début on ne voit que la robe rouge dans le miroir. On trouve joli la photo et puis « ah merde, elle a un pied en moins ». Là du coup, tu ne peux plus dire que la photo n’est pas jolie, tu l’as déjà trouvé jolie ! (rires).

J’ai passé des années à dissimuler mon handicap avant de l’assumer. Aujourd’hui j’ai des prothèses hyper visibles, je suis souvent en short, en pantacourt, avec le tube en fer apparent. Dans mon placard à jambes – parce que dans Sex and the city, elles ont un placard à escarpin, moi, j’ai un placard à jambes !- les revêtements peuvent être très réalistes ou hyper flashy. C’est récent pour moi d’afficher des prothèses flashy. A 17 ans, tu veux juste te fondre dans la masse et donc chercher une prothèse réaliste. Plus tu essaies de le cacher, plus ça se voit sur ton visage que tu le vis mal en fait.

Que te souhaiter pour l’année à venir ?

Faire évoluer mon poste d’administratif de l’Education Nationale pour me sentir plus utile à la sensibilisation des jeunes pour le handicap. Développer la structure de l’association, recevoir tout le monde à Tourves dans un nouveau lieu. Quand tu peux apporter à un enfant le sourire de revoir un poney, ça vaut tous les salaires du monde ! Plus perso, essayer d’intégrer l’équipe de France de para-dressage, comme Anne [Anne-Frédérique Royon].