Maïmonatou Mar : Nounous Power !

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Maïmonatou Mar change le monde et notamment celui des nounous en leur donnant du pouvoir avec son association professionnelle de nounous : Gribouilli. www.gribouilli.fr. son but est de mettre en avant ces travailleurs « invisibles » qui ont des solutions et des perspectives pour une société meilleure.

Elle est entrepreneure sociale, en famille, non pas dans une logique d’aide mais dans une logique d’empowerment (donner du pouvoir) des gardes d’enfants et assistantes maternelles. Voici des extraits retranscrits de l’interview.

Bonjour Maï, comment tu te présentes habituellement ?

Toujours la bonne question (rires !). Je dirai « je change le monde.(rires). Je me définis beaucoup par la motivation que j’ai, mais lorsque j’ai à formaliser, remplir des questionnaires, je marque que je suis entrepreneure et j’ajoute entrepreneure sociale. A l’origine je suis chimiste donc absolument rien à voir avec mes activités actuelles.

En ce moment, quelles sont tes activités ?

En cette période de Covid, nous sommes très mobilisées avec l’association par de la prévention. Beaucoup de parents sont en interrogation sur les conditions des gardes d’enfants. Il s’agit de penser collectivement comment on fait face à la situation, cela passe par des échanges sur la situation économique de ces parents et des nounous. C’est une période difficile qui nous attend.

Ces femmes ont-elles conscience des compétences qu’elles ont ?

Oui et non. Elles sont conscientes qu’elles sont passionnées : ce n’est pas donné à tout le monde de passer 10h avec attention auprès d’enfants qui ne sont pas les siens ! Mais elles ne prennent pas toujours conscience de leur place dans la société. Il y a un vrai besoin de leur donner leur place. La branche professionnelle s’est structurée sur les dernières décennies mais beaucoup sur le juridique et la formation. L’accès à l’information est encore compliquée du fait de l’isolement. Les assistantes maternelles ont accès à de l’information mais les gardes d’enfants, non rattachées à une instance publique ne l’ont pas.

Les nounous pourront mieux dialoguer sur ce qu’elles proposent, les parents vont mieux s’impliquer dans cette relation.

INTEGRALE DE L’INTERVIEW

Comment arrives-tu à engager des entreprises et financeurs sur ce sujet ?

Ce sont des question d’éducation et il existe beaucoup de fondation qui s’y intéressent. Ce sont des métiers très féminisées et les fondations classiques s’intéressent au sujet de l’inclusion sociale des femmes favorisant leur autonomie et leur indépendance. Il y a aussi là un beau sujet RSE (responsabilité sociétale des entreprises) puisque s’associer avec une structure qui arrive à mettre en réseau les motive.

C’est une belle histoire familiale également : tu peux nous en dire plus ?

C’est une histoire que je redéfinis au fur et à mesure que je la raconte. Plus on travaille ensemble, plus on s’aperçoit que des choses étaient ancrées sans que l’on s’en rende compte. Ma mère est garde d’enfants depuis plus de 15 ans. Le projet émane de sa révolte, de voir que toutes les familles n’ont pas accès à un mode de garde choisi et toutes les professionnelles n’ont pas un emploi décent. Moi ça me parle, c’est la condition de ma mère. On parle de mérite, d’échelle sociale dans notre société et elle a fait tellement d’efforts pour nous donner des belles conditions, j’ai pu faire de longues études et en même temps, je me dis qu’il y a un gap entre les conditions et opportunités offertes à ma mère et offertes à moi. Alors qu’elle est plus méritante que moi. Si on ne règle pas cette fragilité-là, sa retraite sera très modeste (travail au noir, arrêt pour maternités) et je serai de toute façon obligée de contribuer pour qu’elle vive décemment. Il y a vraiment une réflexion globale pour ne pas miser que sur la jeunesse. C’est le moment de contribuer, ce sont des sujets qui me passionnent. J’apprends énormément à ses côtés. C’est le parcours d’une femme immigrée, fille d’un auto-entrepreneur à Dakar. Je me dis qu’il faut surmonter les obstacles et avoir confiance en soi. Il faut continuer d’apprendre. C’est la force de la famille et de Gribouilli : apprendre à apprendre et ensemble.

Je te propose de faire un flashback ; tu as fait des études de chimie ? Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?!

J’ai fait une école nationale d’ingénieur de chimie et j’ai poursuivi avec une thèse industrielle sur des batteries de haute technologie pour le spatial. Tout m’intéressait et c’était difficile de trancher entre les sciences dures et les sciences sociales. J’ai choisi les sciences dures, la chimie c’est une discipline avec des enjeux très différents pour comprendre le monde qui nous entoure. Cette thèse de recherche extrêmement intéressante effectuée, je voulais encore aller plus loin pour connecter avec l’éco-système de l’entrepreneuriat social. La complexité est très présente dans l’entrepreneuriat social, avec des enjeux économiques, politiques et sociaux. Il n’y a pas de rupture pour moi. Il y a une vraie continuité. Si on remet l’humain au centre de tout ce qu’on fait qu’est-ce qu’il se passe ? Comment est-ce qu’on développe les sociétés ?

As-tu une référence à partager avec nous ?

Il y a une structure que j’admire qui s’appelle Buurtzorg. Cette coopération que nous observons dans des petites structures peut se faire à grande échelle. Il a réussi à développer des services à la personne partout dans le monde dans une organisation coopérative. C’est une preuve que c’est possible : ça a une valeur ajoutée énorme : l’Union Européenne monte des projets un peu partout pour répliquer son modèle.

cf Reinviting organizations : http://www.zou-coaching.fr/2019/06/02/zoum-sur-reinventing-organizations/