ZOU!'m sur : Bonnes vibrations d'Albéric Tellier. Vive la sérendipité !

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Quand les disques mythiques nous éclairent sur les défis de l’innovation

J’ai longtemps travaillé en silot en croyant travailler d’un côté dans le domaine de la formation et du coaching  et de l’autre dans la création musicale. C’est François Muller (consultant pédagogue et joueur de luth) qui a attiré mon attention sur le mot « accompagnement », non pas par une énième explication étymologique, mais par métaphore : accompagner à la guitare un chanteur et accompagner des élèves, et si c’était la même chose, fondamentalement ?

Ce livre d’Albéric Tellier en fait non seulement la démonstration mais il caractérise, décortique et synthétise les rouages du développement et de l’accompagnement de l’innovation. Entreprise difficile puisque l’innovation échappe à la volonté, la maîtrise et la planification. Dans tous les cas de disques évoqués dans l’ouvrage, le cadrage de l’action est indispensable ainsi que la vision de ses auteurs mais c’est pour mieux l’abandonner, s’abandonner à une innovation qui survient, comme dans l’ici et maintenant d’une expérience unique parce que non renouvelable.

Ainsi ce sont des exemples précis et une réflexion sur des pistes d’innovations qui sont proposés comme : la tolérance à l’échec, l’expérimentation, la place des sponsors, le paradoxe organisation / innovation, etc.

 

 

 

Sé-ren-di-pi-té !

bonnes vibrations

Au cœur de la réflexion, la sérendipité. Ce phénomène qui dépasse le simple hasard se caractérise par la réunion d’un environnement minutieusement préparé pour que se déroule…. l’imprévu. Parmi les exemples célèbres, on cite facilement la découverte accidentelle de la pénicilline par Pasteur, l’utilisation d’une colle qui colle mal pour l’invention du post-it ou encore la recette de la tarte Tatin, tarte renversée par erreur. Dans tous les cas, le plus souvent un process réfléchi, sérieux, cohérent ou une vision sont présents. Dans tous les cas, la transformation d’un incident en opportunité d’innovation. Tout prévoir pour découvrir les Indes et faire une énorme erreur qui emmène aux Amériques et entame, de fait, une page incontournable de l’histoire.

 

 

 

 
« Dans le domaine de l’entreprise, Lionel Bellenger (2005) définit la sérendipité comme la « capacité, à la suite d’un concours de circonstances particulier, à trouver quelque chose que l’on ne cherchait pas, d’en comprendre l’intérêt et de décider de l’exploiter ». Le concept de sérendipité fait ainsi référence aux situations dans lesquelles un individu découvre quelque chose de manière inattendue et décide de l’utiliser. La chance (ou la malchance), l’erreur, ou encore la maladresse sont des conditions nécessaires à ce type de situation mais non suffisantes. Il faut également que l’individu fasse preuve de sagacité pour profiter de ces « hasards heureux ». S’il ne se rend pas compte de ce qui s’est passé, s’il n’entrevoit pas les perspectives offertes par la situation, il ne pourra en profiter. C’est donc l’association d’un événement imprévu et de la perspicacité de l’individu qui permet la sérendipité. »

 

 

 

 

Innover = intégrer l’incidentiel dans le système

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Dans la création du titre Blue Monday de New Order, c’est la suppression accidentelle de données qui oriente le groupe vers une rythmique obsédante très novatrice.

Devant la nouveauté apporté par cette technique née de l’incident, le synthétiseur en rate son entrée, ce qui marquera un décalage qui sera finalement conservé. La volonté de départ était de s’approprier un nouveau matériel pour imiter une séquence rythmique. La posture de recherche ouverte, on parle aujourd’hui volontiers d’open innovation, a permis au groupe de rebondir sur ces ratés pour proposer à la scène acid house des années 80 le son qu’elle attendait sans le savoir !

 

 

 

 

 

L’expérience comme accoucheur de l’innovation

Résultat de recherche d'images pour "ascenseur échafaud"Autre exemple saisissant concernant l’innovation : celui de Miles Davis composant la musique de l’Ascenseur pour l’échafaud en 1954. Cet artiste, alors ralenti dans sa création par la défaillance d’un membre de son groupe, erre dans le milieu artistique parisien. A priori pas question pour lui de jouer son style bebop avec d’autres musiciens que ceux de son équipe. Sa rencontre avec Jean-Paul Rappeneau, assistant de Louis Malle et de la flamboyante Jeanne Moreau sera déterminante. Après avoir visionné quelques rushes des images du futur film, il improvise, en mode modal, repensant complètement l’approche de son instrument pour illustrer, danser, swinguer, dialoguer avec le film et sa principale interprète.

 

 

Cette expérimentation dans un temps limité lui fait dépasser ses appréhensions et le fait collaborer avec succès avec un groupe de musiciens qu’il ne connaît pas autour d’un genre qu’il va explorer très longtemps : le jazz modal.
Aujourd’hui le design sprint est un outil puissant pour développer des sursauts d’innovations en entreprise.

 

 

La lecture de ce livre est enthousiasmante. En l’absence de conditions stables pour réussir l’innovation, les mécanismes repérés semblent être les suivants : sérendipité, désobéissance avec l’ordre établi, maturation des projets, enrôlement du public, etc. Bref oser des projets et rebondir sur les événements qui surviennent pour les orienter solutions innovantes plutôt que problèmes bloquants.